« Le monde de Dory » au cinéma ! et demain, un monde sans Dory ?

« Le monde de Dory » au cinéma ! et demain, un monde sans Dory ?

Après « Le monde de Nemo », le nouvel opus des studios Disney-Pixar « Le monde de Dory », sort en salles ce mercredi 22 juin. Pendant que la polémique s’oriente tristement sur la présence ou non d’un couple homosexuel et d’un personnage transgenre dans le film, une problématique bien réelle fait peu d’échos : les « Dory », ces poissons tropicaux à la robe bleutée, vont-ils subir le même sort que Némo et finir, à leur tour, sur la liste des animaux en danger d’extinction ?

« Le monde de Dory », sorti il y a quelques semaines aux États Unis, fait beaucoup parler de lui. Alors que les producteurs espèrent que le film sera aussi populaire que son prédécesseur, scientifiques et défenseurs de la cause animale ont une bonne raison de le craindre, s’inquiétant des conséquences que l’animation aura sur la population des poissons marins. En effet, suite à l’immense succès du premier opus sorti en 2003, un million de poissons-clowns, semblables à son héros et personnage principal, avaient été arrachés à leurs récifs coralliens pour être vendus comme poissons d’aquariums. Une conséquence qui n’est évidemment pas à imputer à Disney-Pixar, qui avait d’ailleurs pris soin de critiquer la captivité en aquarium tout au long du film, mais bien au comportement aberrant des consommateurs rendu possible par une commercialisation du vivant bien huilée.

Le monde (impitoyable) de Nemo et Dory

Selon une étude menée par les scientifiques de l’université du Queensland, à Brisbane en Australie, la population des poissons-clowns peuplant les récifs coralliens a précipitamment diminué ces dernières années. Pour cause, après la sortie du fameux film, avoir un petit Nemo dans son aquarium est devenu soudainement à la mode. Nombre d’enfants se sont naturellement épris du petit poisson-clown autant que leurs parents et les magasins n’ont pas traîné à répondre à cette soudaine et juteuse demande. On craint naturellement que ce nouveau film, en cas de succès, puisse entraîner lui aussi une forte hausse des ventes de Chirurgiens bleus, et de sa pêche en conséquence.

Le groupe de chercheurs des universités de Queensland et de Flinders (à Adelaïde en Australie) a même été jusqu’à créer un Fonds de conservation pour sauver Nemo. Son objectif, stopper la capture d’espèces marines sauvages comme le poisson-clown à des but ornementaux, mais aussi éduquer les consommateurs dans leurs choix, mener des recherches scientifiques axées sur la conservation des espèces et promouvoir des programmes d’élevages raisonnés. « J’étais choqué du nombre de personnes qui ont souhaité acquérir un poisson-clown quand le film est sorti. Les gens tombent amoureux de ces adorables personnages et veulent en faire leur animal de compagnie au lieu de comprendre le message du film : il faut garder Nemo dans l’océan auquel il appartient. » déclare Anita Nedosyko, biologiste marine à l’université Flinders et co-fondatrice du fonds Sauver Nemo.

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Des problèmes majeurs causés par la sur-pêche

La pêche de ces poissons sauvages pose plusieurs problèmes. La coordinatrice du projet Sauver Nemo, Carmen da Silva, explique que le commerce des poissons marins pour les aquariums est une cause majeure de la détérioration du récif corallien : « Ce que la plupart des gens ne réalisent pas, c’est que 90% des poissons marins que l’on trouve dans les magasins sont capturés à l’état sauvage. La population des poissons coralliens doit déjà faire face au réchauffement de la température de la mer et à l’acidification de l’océan liés au réchauffement climatique. La dernière chose dont ils ont besoin, c’est qu’on les enlève des récifs. » Ces récifs coralliens, qui abritent les anémones dans lesquelles vivent les poissons-clowns du Pacifique, sont également très vulnérables au réchauffement et à l’acidification des océans. Rien ne leur sont décidément épargné.

Autre problème : ces poissons tropicaux, qu’il s’agisse du poisson-clown, du Chirurgien bleu ou d’autres espèces, sont le plus souvent capturés au cyanure, une pratique illégale et dévastatrice, mais malheureusement très répandue car efficace. Cette substance facilite les opérations de capture car elle étourdit les prises sans les tuer. En outre, elle blanchit et affaiblit le corail, s’ajoutant aux effets des activités humaines. De plus, « cette pêche peut avoir un effet sur la santé et les moyens de subsistance des pêcheurs », précise à l’AFP M. Downs, de l’Haereticus Environmental Laboratory, qui parle d’« une arme de destruction massive ».

« Plus d’un million de poissons-clowns sont pris chaque année sur les récifs, pour les aquariums », peut-on lire sur le site internet du fonds Sauver Nemo. « Dans certaines régions, ils sont maintenant en voie d’extinction suite à la sur-collecte et au blanchiment du corail. » Alors que la popularité soudaine de Nemo s’est avérée difficile à supporter pour son espèce, elle pourrait tout simplement être fatale pour l’espèce de Dory. Les poissons-clowns sont en effet capables de se reproduire sans trop de difficultés en captivité. Mais, selon un article récent du magazine Hakai, il est pratiquement impossible pour le Chirurgien bleu sauvage de survivre à long terme et de se reproduire en captivité.

Un manque d’éducation du côté des consommateurs

« La plupart des gens n’ont aucune idée des pratiques inhumaines et destructrices auxquelles sont exposés les poissons populaires des aquariums, tels que le chirurgien bleu », note Rene Umberger, de For the Fishes. «Nous leur demandons de ne pas acheter de poissons capturés à l’état sauvage. Dory doit rester en vie, dans son milieu naturel ». Quand les animaux sont pêchés par cette méthode, « ils meurent pratiquement tout le temps » les semaines suivantes, relève Pierre Gilles, expert à l’Institut océanographique de Monaco, institution qui a elle-même été confrontée à ce problème. Si le succès du film Nemo a grandement favorisé l’essor des élevages, ce n’est pas une alternative envisageable pour le Chirurgien bleu. Le consommateur doit donc en avoir pleinement conscience.

Par ailleurs, les amoureux de ces poissons, qui prétendront sincèrement en prendre soins, doivent avoir conscience qu’ils écourtent grandement leur existence. Dans les aquariums, les poissons-clowns ont une durée de vie moyenne de 3 à 6 ans, mais on sait que les femelles peuvent atteindre trente ans à l’état sauvage. De même, le Chirurgien bleu est un des poissons d’aquariums les plus fragiles et les personnes qui en feront l’acquisition risquent ainsi de le voir mourir rapidement par manque d’espace, de nourriture adaptée ou suite à une infection parasitaire dont il est souvent sujet. Les cinéphiles aimeront-ils assez Dory et son espèce pour résister à la tentation d’acheter un Chirurgien bleu ? On peut l’espérer, où bientôt le titre original du film, Finding Dory (Retrouver Dory) prendra un sens tragique.

Bande annonce du film

Source : Mr Mondialisation

Le 30/06/16 by Francky

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J'ai pris ma première bouffée d'air un 19 mars 1971 à Mâcon en Saône et Loire (71). Passionné par les grands mystères de la vie, par l'humain et notamment son comportement, Je cherche des réponses à mes questions que je n'aurai surement jamais vu la complexité du fonctionnement du genre humain. Les guerres et les haines que génèrent les religions ou la différence de couleur de peau principalement me laisse à penser que l'homme est un ignorant bestial et que les actions qui nous mèneront sur le chemin de l'amour de son prochain, peu importe nos différences, ne sont pas assez nombreuses. Néanmoins j'ai foi en l'être humain...

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